Le guadeloupéen Jacques Fred Petrus, est un ancien DJ, qui naviguait entre Milano, New York et Paris, ses bases d’attache. En 1983, j’étais censé diriger son label, « Majestic Records », qui n’a jamais vu le jour. Il me témoignait une vaste estime et une totale confiance. J’avais alors 23 ans. Jacques Fred, véritable producteur à l’ancienne, imposait une présence digne, toujours accompagné de son cigare Davidoff, habillé de vêtements griffés Francesco Smalto, tel un magnat. Il lui arrivait, avec une pointe d’arrogance, de réserver une première classe sur un Jumbo 747 pour Bangkok, dissipant des sommes faramineuses pour s’offrir quelques heures en compagnie de jeunes Thaïlandaises démunies, dont la beauté incarnait un exotisme fascinant, saisissant l’essence enchanteresse de ce pays vibrant de couleurs.
Ses productions occupaient les devants de la scène mondiale (Change, Peter Jacques Band, BB & Q Band, Macho, High Fashion, The Ritchie Family…). Les supermarchés du disco en faisaient leurs favoris. Il était de notoriété publique que l’industrie musicale aux États-Unis et en Italie était infiltrée par la mafia, canalisant ainsi d’importantes sommes d’argent à travers un système complexe. La mort de Tupac en 1996, suivie de celle de Notorious B.I.G en 1997, rappelaient l’intensité des guerres de gangs et des alliances troubles dans ce milieu. Et Jacques Fred dans tout cela ? Des rumeurs disaient qu’il y était mêlé… mais chuut !
Un jour, j’essaie de le contacter — c’était l’époque sans Internet ni portables. J’appelle et tombe sur une dame à Sainte-Anne, cette ville côtière de l’île de Grande-Terre : « Jacques-Fred… de la part de Michaël Bijaoui ! » Elle me répond d’une voix calme : « Jacques Fred est mort !!! » Stupéfait… c’était sa mère.
Fred exploitait alors le club « L’Élysée-Matignon » en Guadeloupe. Sa magnifique compagne métisse, Catherine, le découvre le 8 juin 1987, gisant dans une mare de sang, touché par cinq balles tirées à bout portant, avec une précision implacable, entre 4h30 et 6h. Un tueur suisse, missionné par des Italiens peu recommandables, l’avait abattu. En guise de sinistre supplément, l’assassin s’empara de sa Jeep Cherokee commandée aux Champs-Élysées. Une balle, logée dans la bouche, portait une ultime et sinistre touche à ce massacre ; Jacques Fred, alors âgé de 39 ans, est froidement achevé dans sa villa de Saint-Félix le Gosier, malgré la présence de deux grands chiens féroces censés le protéger.
Une dette, un trafic de drogue ou de diamants ? Il laisse derrière lui un héritage musical… et, ironie du sort, pas encore enterré.